Effet Mozart ? Déconstruction d’un mythe

Effet Mozart ? Déconstruction d’un mythe

“Il arrive souvent que l’opinion hâtive ploie d’un côté faux, et ensuite l’affection lie l’entendement.” – ‎Dante Alighieri, Divine Comédie
Qu’est ce que l’effet Mozart ?
En quoi une étude scientifique s’est transformée en fausse croyance ?
Comment nos biais cognitifs peuvent-ils faire perdurer un mythe ?

Bien le bonjour du Labo ! 🔬

Aujourd’hui nous nous attaquons à une légende dont la plupart d’entre vous aura déjà entendu parler !
L’effet Mozart ça vous dit quelque chose ?
Maintenant, si l’on vous dit qu’écouter du Mozart pendant la grossesse augmenterait l’intelligence (ou le QI)  du futur enfant, ça vous parle plus ?
Et bien sachez que cette affirmation est complètement fausse.

Explications.

D’OÙ PART CETTE CROYANCE ? UNE ÉTUDE SCIENTIFIQUE

La petite histoire de l’effet Mozart

Tout commence en 1993, lorsque Frances Rauscher et son équipe publient les résultats de leur dernière expérience. Rauscher avait comparé trois groupes de 12 sujets. Le premier était exposé pendant 10 minutes de la fameuse Sonate pour deux pianos en ré majeur K 448 du célèbre compositeur Wolfgang Amadeus Mozart. Le second devait écouter “The shining ones” de Thorton, une musique “relaxante” pendant 10 minutes également. Enfin, le troisième groupe patientait 10 minutes (groupe contrôle).

Les résultats montrent que l’écoute de Mozart améliore les performances du groupe dans des tâches d’habileté cognitive et de mémoire spatiale pendant environ 10 à 15 minutes. Les résultats sont publiés dans l’article  “Music and spatial task performance” au sein de la revue Nature.

Une récupération rapide, un raccourci encore plus rapide

La découverte devient bientôt virale. Le marché des produits audio liés à Mozart explose. Le raccourci est vite fait, écouter du Mozart rend intelligent et augmente le QI. Nous sommes pourtant bien loin des 10 minutes d’écoute qui favorisaient temporairement la mémoire spatiale.

Plusieurs lois fédérales aux États-Unis sont publiées. Celles-ci obligent des structures publiques accueillant des enfants telles que des maternités ou bien des écoles à diffuser du Mozart pour favoriser le développement des enfants. À grand renfort de politique et de messages, la croyance est adoptée par la population.

Après tout, l’histoire est belle… En ne faisant rien (ou presque) nos enfants et nous pouvons devenir plus intelligents. Les scientifiques y trouvent leur compte, les politiques en profitent et la population s’en réjouit.

Toutefois “l’effet Mozart” n’a pas dupé tout le monde.

Wolfgang Amadeus Mozart par Barbara Krafft en 1819 - Effet Mozart
Wolfgang Amadeus Mozart par Barbara Krafft en 1819

De la nécessité de valider une découverte

Devant l’ampleur du phénomène et l’engouement pour cette découverte, certains scientifiques se sont penchés sur l’étude de Rauscher.
Dès 1994, soit un an après, Stough, Kerkin, Bates et Mangan reproduisent l’expérience de Rauscher et son équipe. Ceux-ci concluent “No significant effect of music on IQ performance was found.”. En d’autres mots, cette première étude ne parvient pas à retrouver les résultats de l’effet Mozart. D’autres recherches suivent Stough et ses collaborateurs et corroborent leurs résultats.

Suite aux critiques naissantes, Rauscher réplique et publie en 1995 une seconde étude donnant les mêmes résultats que la première. Il publie également en 1998 une troisième étude expliquant que la nature de l’oeuvre (mélodique, rythmique et harmonique), sont à l’origine de ces résultats. Ainsi, seules des oeuvres similaires à la sonate de Mozart pourraient provoquer un tel effet sur notre cerveau.

Néanmoins, la communauté scientifique est désormais unanime pour critiquer l’aspect scientifique de l’effet Mozart. L’année 1999 sonne le glas de la théorie. Parmi les études publiées, celles de Knowles & al. ainsi que Steele & al. donnent le coup de grâce. Ces chercheurs critiquent notamment des biais méthodologiques tels qu’un nombre trop faible de participants pour tirer des résultats statistiquement viables.

De nouvelles perspectives pour la science

Cependant, l’effet de la musique sur notre cerveau reste dans la ligne de mire des scientifiques. En 2000, Bridgett et Cuevas montrent qu’écouter du Mozart ou du Bach avant une tâche logico-mathématique n’améliore pas plus les performances que de ne rien faire.

Dans une interview pour France musique en 2018, Isabelle Peretz (neuroscientifique canadienne) conclut “Mozart, Bach ou Michael Jackson, c’est la musique que l’on aime qui améliorera nos facultés cognitives, parce qu’elle nous procure du plaisir.
Celle-ci ajoutera : “Apprendre à faire de la musique est un atout quand l’activité fait partie de l’éducation générale, et cela depuis l’âge de six mois jusqu’à la fin de l’adolescence. La musique favorise les facultés intellectuelles et sociales de l’enfant, mais seulement si elle est pratiquée en plus, et pas au lieu d’une éducation générale”.

QU’EN EST-IL DE LA POPULATION ?

La découverte ayant été très médiatisée, la croyance persiste au sein de la population. Or il est très difficile de faire taire ce type de croyances.

Pourquoi ?

Dans un premier temps, le refus de cette théorie a été bien moins médiatisée que la théorie en elle-même. De nombreuses personnes ne sont donc pas au courant. Néanmoins, la médiatisation n’est pas la seule raison de la persistance de cette croyance…

Parlons biais cognitifs 😍

Rappelons-le, un biais cognitif est un processus psychologique irrationnel altérant une réaction ou une décision rationnelle.

Un responsable : le biais de confirmation

Ainsi, malgré un refus rapide de cette découverte, la croyance persiste encore 25 ans plus tard. Ceci s’explique par le biais de confirmation. Il s’agit du fait de privilégier les informations confirmant ses propres idées préconçues tout en accordant peu de crédit aux informations ou hypothèses invalidant sa vision. On peut reconnaître ce biais par des phénomènes de “mémoire sélective” par exemple.

Plusieurs conséquences de ce biais nous intéressent dans ce cas !

  • Persistance de croyances discréditées

Voici une conséquence particulièrement intéressante du biais de confirmation ! En effet, il s’agit de renforcer sa croyance en un phénomène après avoir vu une preuve le réfutant. Le paradigme de debriefing explique ce phénomène.
Pour expliquer simplement ce paradigme, imaginez que vous jouez à un jeu biaisé sans le savoir. Vous faites donc vos propres choix. On vous explique ensuite que le jeu est biaisé et on vous donne les règles pour mieux choisir. Néanmoins, vous continuez à faire “à votre façon”.

Le même phénomène agit dans le cas de l’effet Mozart. Malgré l’invalidation de la théorie, certaines personnes continuent à y croire.

  • Préférence pour des informations préliminaires

Le cerveau humain serait plus touché par les informations qu’il reçoit en premier. Une fois son avis tranché, il est très difficile de le faire revenir en arrière, même avec des preuves évidentes

  • Optimisme

Une conséquence du biais de confirmation est que l’humain a tendance à chercher à valider une hypothèse plutôt que de la réfuter. Les travaux de Nickerson sur les biais de confirmation viennent mettre en évidence ce phénomène.

Ainsi, le(s) biais de confirmation peuvent expliquer pourquoi la croyance de l’effet Mozart persiste 20 ans après l’invalidation scientifique de la théorie !

LE MOT DE LA FIN

En conclusion, si la musique possède un effet bénéfique sur notre cerveau, il est inutile d’écouter du Mozart en boucle lors de votre grossesse dans le but de faire de votre enfant le nouvel Einstein. Toutefois, comme nous l’avons dit dans notre article sur la musique, celle-ci peut stimuler votre production de dopamine, vous accordant un sentiment de bien-être.
Un excès de médiatisation et de récupération politique peut expliquer la persistance de la croyance de l’effet Mozart. Néanmoins, les biais cognitifs ont aussi un rôle à jouer dans ce processus. Le biais de confirmation explique de nombreux comportements. Nous reviendrons dans de futurs articles sur ce phénomène fascinant !

BIBLIOGRAPHIE

Music and spatial task performance – Rauscher, Shaw, Ky, 1993

Music and Spatial IQ – Stough, Kerkin, Bates et Mangan, 1994

Listening to Mozart enhances spatial-temporal reasoning: towards a neurophysiological basis. – Rauscher & al., 1995

Key components of the Mozart effect. – Rauscher, Shaw, 1998

“The Mozart Effect”: A Critical Review and Meta-Analysis – Knowles & al., 1999

Prelude or requiem for the ‘Mozart effect’? – Steele & al., 1999

Failure to confirm the Rauscher and Shaw description of recovery of the Mozart effect. – Steele & al., 1999

Effects of listening to Mozart and Bach on the performance of a mathematical test. – Bridgett et Cuevas, 2000

Apprendre la musique: Nouvelles des neurosciences – Isabelle Peretz, 2018

Perseverance in self-perception and social perception: Biased attributional processes in the debriefing paradigm – Ross, L., Lepper, M. R. and Hubbard, M., 1975

Confirmation Bias: A Ubiquitous Phenomenon in Many Guises. – RS Nickerson, 1998


C’est tout pour aujourd’hui. Nous espérons que cet article vous donnera envie d’en savoir plus sur la mémoire !  Vous pouvez aussi nous donner votre avis en commentaire ou simplement nous envoyer un message, nous nous ferons un plaisir de vous répondre ! Vous pouvez également nous contacter sur les réseaux sociaux :

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Sarah & Nicolas

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