La mémoire, à la découverte de notre cognition !

La mémoire, à la découverte de notre cognition !

La mémoire est la sentinelle de l’esprit.” – William Shakespeare, Macbeth
Comment fonctionne la mémoire ?
Comment bien se servir de celle-ci ?

Bien le bonjour du Labo ! 🔬

Nous allons vous décevoir.
Nous savons qu’à ce moment de la lecture la seule pensée qui vous habite est “nous allons ENFIN découvrir leur mémoire de recherche !”. Et bien sachez que non, nous laisserons “Effet de l’expertise dans le choix d’une assistance automatique lors de l’exécution de tâches de pilotage d’avions sur MATB-II” au placard un jour de plus !

Le temps de vous consoler de cette terrible nouvelle, revenons aux choses sérieuses ! Aujourd’hui, ça ne rigole plus, nous nous attaquons à un gigantesque pan des sciences cognitives : la mémoire.
Ce thème étant complexe, et les recherches en constante évolution, nous sollicitons donc votre avis en commentaire (dites-nous si c’est trop simple, compliqué, ou si simplement ce type d’article vous intéresse ou pas !).
Il est utile de s’attaquer à la mémoire car la comprendre permet entre autres de mieux apprendre.

Merci à vous et bonne lecture ! 🙃

LA MÉMOIRE : UN TERME, DE NOMBREUSES RÉACTIONS

Un premier découpage en 5 mémoires

On vous entend déjà grommeler, ce n’est que le début ! Et oui, la mémoire en tant que telle est un ensemble de procédés permettant de se souvenir d’un évènement passé. Il ne s’agit donc pas d’une seule entité mystique qui garde vos données, mais bel est bien de l’étroite collaboration entre de nombreuses structures cérébrales !

Le procédé de mémorisation varie ainsi en fonction de l’évènement, on ne retient pas de la même manière une information sensorielle qu’une émotion.

Il existe donc 5 formes différentes de mémoire.

La mémoire de travail (mémoire à court terme)

Quoi ? Il s’agit de votre mémoire vive pour parler informatique ! Cette mémoire est donc une mémoire instantanée qui vous permet de retenir des informations pendant une courte durée. Lorsque l’on vous donne un numéro de téléphone par exemple, vous le retenez quelques secondes/minutes puis vous l’oubliez. Votre mémoire de travail a fait son travail (hihihi 🤓). Celle-ci est donc efficace sur le court terme. De plus, elle est facilement surchargée. Par conséquent, un humain pourrait retenir en moyenne 5 à 7 items en même temps avant de surcharger sa mémoire de travail !

La mémoire de travail divise. Les modèles de Baddeley et Cowan (que nous ne détaillerons pas ici) se contredisent en effet. Il s’agit des deux principales théories décrivant le fonctionnement de notre mémoire à court terme.

Où ? La mémoire de travail semble être active dans les lobes frontaux

Le calcul mental est un très bon exercice pour entraîner sa mémoire de travail.

La mémoire sémantique

Quoi ? Il s’agit de l’ensemble des connaissances que nous possédons. Ces connaissances sont très variées allant de la géographie (mémoire des lieux, des trajets, des distances) à l’histoire en passant par ses relations sociales… Cette mémoire est très large.
Il s’agit donc d’une mémoire à long terme, accessible consciemment, concernant des connaissances acquises.

Où ? La mémoire sémantique semble être accessible dans des régions diverses du cerveau. Un pic d’activité a lieu dans les lobes temporaux.

La mémoire épisodique

Quoi ? Il s’agit de la restauration d’un souvenir. Souvent associée à des émotions, la mémoire épisodique vous permet de vous remémorer un évènement (votre remise de diplôme, le repas qui a suivi ou bien la gueule de bois du lendemain au choix… 😇).
Avec le temps, il est possible d’une part que nous revisitions ce souvenir et d’autre part que nous perdions une partie des informations liées à celui-ci. Si le souvenir devient purement informel (exemple, “j’ai eu mon diplôme en 1995”), il passe dans la mémoire sémantique.
Il s’agit donc d’une mémoire de moyen/long terme, accessible consciemment, concernant nos souvenirs.

Où ? La mémoire épisodique semble être active majoritairement dans l’hippocampe et dans les lobes temporaux.

La mémoire procédurale

Quoi ? Il s’agit de la mémoire des automatismes. Lorsque nous marchons, courrons, faisons du vélo ou même conduisons, notre mémoire procédurale est mise à l’épreuve. Tout mouvement pratiqué avec beaucoup d’entraînement peut devenir un automatisme. C’est ce qui différencie un expert d’un novice, en sport notamment. Par ailleurs, la particularité de cette mémoire est qu’il est difficile voire impossible d’expliquer comment nous procédons. En effet, essayez d’expliquer l’équilibre lorsque vous marchez, courrez, skiez ou surfez, tentez d’expliquer comment vous appuyez en même temps sur l’embrayage l’accélérateur, vous tenez le volant et le levier de vitesses et vous comprendrez que ce n’est pas aisé du tout.
Cette mémoire est donc à long terme et inconsciente.

Où ? Réseaux neuronaux sous corticaux et cervelet

La mémoire perceptive

Quoi ? Il s’agit de la mémoire des sens. C’est grâce à la mémoire perceptive que vous retenez des sons, des images (visages par exemple) ou des odeurs. Nous parlons plus globalement d’une mémoire des 5 sens. Chez l’homme, sans pathologies, le sens le plus développé et utilisé est la vue.
Il s’agit donc d’une mémoire à court et long terme, inconsciente la majorité du temps.

Où ? Régions corticales proches des aires sensorielles.

Ces mémoires sont en constante interaction, il faut donc les observer comme 5 parties d’un tout. Par ailleurs, il existe plusieurs modèles scientifiques tentant de les hiérarchiser.

Comment faire si je suis perdu dans les zones du cerveau ?

La mémoire est majoritairement impliquée dans deux zones principales du cerveau.
La première est le cortex, qui est la partie externe du cerveau et qui est divisé en lobes. Dans le cas de la mémoire, il s’agit principalement des lobes frontaux et temporaux qui sont concernés.
La seconde est une partie du système limbique. Celui-ci représente une série de structures situées à l’intérieur du cerveau, sous le cortex. La star du système limbique dans l’encodage mémoire est l’hippocampe !

La mémoire : cerveau
Schéma des différentes zones du cerveau impliquées dans la mémoire. En vert, les lobes frontaux, en violet, les lobes temporaux, en bleu, l’hippocampe et en rose, le cervelet.

DEUX MODÈLES PRINCIPAUX POUR ORDONNER NOTRE MÉMOIRE

Il existe deux modèles principaux en concurrence pour hiérarchiser notre mémoire.
D’une part, le plus célèbre et le plus accepté par la communauté scientifique (bien qu’aucun des deux ne soit purement validé ou invalidé) est le modèle modal d’Atkinson et Shiffrin (1968). Ainsi, ce modèle soutient qu’il y a trois formes de mémoire principales

  1. Registre sensoriel (ou la mémoire perceptive).
  2. La mémoire court terme (qui deviendra plus tard la mémoire de travail !).
  3. La mémoire long terme ou MLT.

D’autre part, Tulving propose en 1995 un modèle pyramidal organisé en 5 sous-parties hiérarchisées. Ces systèmes sont donc ainsi classés en fonction de leur apparition phylogénétique (en d’autres termes de l’évolution) et de leur poids dans notre système cognitif.

Tulving : la mémoire
Modèle hiérarchique de Tulving.

 

PERSPECTIVES

Comprendre sa mémoire est un bon début pour améliorer ses facultés d’apprentissage. Cet article était donc nécessaire pour poser les bases ! Nous verrons dans de prochains posts comment booster sa mémoire de travail par exemple (maintenant que le terme vous est familier !). Dans tous les cas, il est par conséquent important de maîtriser ces notions pour comprendre le reste !

Les modèles ne font pas l’unanimité car la mémoire est un phénomène encore largement incompris. Ainsi, nous vous avons proposé un panel non exhaustif de la littérature scientifique de manière à vous donner une vue d’ensemble sur le sujet. Néanmoins, ces études sont les théories principales circulant à ce propos. Nous espérons donc que la diversité des points de vue vous aura intéressés !

Soyez-en convaincus, une mémoire entraînée est un cerveau en meilleure santé ! 🧠

Enfin, n’oubliez pas de nous donner votre avis en commentaire, nous attendons vos retours avec impatience !

BIBLIOGRAPHIE

Mémoire : une affaire de plasticité synaptique – article de  Francis Eustache, directeur de l’unité 1077 Inserm/EPHE/UCBN “Neuropsychologie et neuroanatomie fonctionnelle de la mémoire humaine”

Overtaxed Working Memory Knocks the Brain Out of Sync, Quanta Magazine,‎

The Unity and Diversity of Executive Functions and Their Contributions to Complex ‘‘Frontal Lobe’’ Tasks: A Latent Variable Analysis – Miyake, Friedman, Emerson, Witzki, Howerter, 2000

Working Memory – Alan D. Baddeley et Graham Hitch

Evolving conceptions of memory storage, selective attention, and their mutual constraints within the human information-processing system – Cowan Nelson,

Human memory: A proposed system and its control processes – Atkinson Richard & Shiffrin Richard,  

Organisation of memory: quo vadis?  – Tulving Endel,

Memory systems of the brain : a brief history and current perspective – Squire, 2004

 


C’est tout pour aujourd’hui. Nous espérons que cet article vous donnera envie d’en savoir plus sur la mémoire !  Vous pouvez aussi nous donner votre avis en commentaire ou simplement nous envoyer un message, nous nous ferons un plaisir de vous répondre ! Vous pouvez également nous contacter sur les réseaux sociaux :

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Sarah & Nicolas

 

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Cet article a 2 commentaires

  1. Je ne comprends pas très bien la différence entre la mémoire sémantique et la mémoire épisodique. Du moins l'épisodique me semble incluse dans la sémantique car elle concerne les événements de la vie et la sémantique concerne entre autres les expériences personnelles.
    Merci d'avance pour les éclaircissements.

    1. Bonjour Sophie,
      Il est tout à fait normal de ne pas arriver à immédiatement faire la différence entre la mémoire sémantique et épisodique. Leurs différences sont minimes. Cependant, pour y voir plus clair :
      – la mémoire sémantique stocke les connaissances que tu as pu acquérir tout au long de ta vie, dont tu te souviens de manière consciente. Il s’agit notamment de “règles” comme par exemple “les fruits poussent sur les arbres”.
      – la mémoire épisodique stocke tous les évènements de la vie, dont tu te souviens de manière consciente. Par exemple, il y a 5 ans je suis parti en vacances au ski. Ce souvenir sera constitué de connaissances (“j’ai mangé de la raclette” et d’émotions “le fromage était délicieux”).
      Enfin, la mémoire épisodique reste liée à la mémoire sémantique. En effet, si la composante émotionnelle finit par disparaître (oubli dû au temps), le souvenir va être stocké uniquement comme une connaissance et rejoindre la mémoire sémantique.
      En espérant avoir répondu à ta question,
      Nicolas

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