Musique, cerveau & émotions

Musique, cerveau & émotions

La musique met l’âme en harmonie avec tout ce qui existe.” – Oscar Wilde
Pourquoi la musique est-elle à ce point reliée à nos émotions ?
Pourquoi celle-ci nous stimule-t-elle ?
En quoi la musique est-elle différente des bruits ?

Bien le bonjour du Labo ! 🔬

La musique est un phénomène fascinant. Son rôle sur notre cerveau est énorme. Non contente de pouvoir améliorer divers aspects de notre cognition, elle agit directement sur notre bonheur. Dans cet article, nous détaillons les effets de la musique sur notre cerveau. Nous expliquons ensuite le rôle de celle-ci dans notre bonheur. Enfin nous montrerons que nous réagissons différemment à l’écoute de musiques joyeuses ou tristes.

On vous explique tout ça !

Bonne lecture ! 🙃

LA MUSIQUE, UN PHÉNOMÈNE INSCRIT DANS NOS GÈNES

Des facultés cognitives opérationnelles dès l’enfance.

La reconnaissance des sons et de la musique est une faculté que l’homme acquiert à un stage très précoce du développement. La perception émotionnelle de la musique serait également acquise très tôt. Une étude (Flom, Gentile, & Pick, 2008) a démontré que dès l’âge de 9 mois, des enfants étaient capables de discriminer la valence émotionnelle (charge émotionnelle) des mélodies que les chercheurs leur faisaient écouter. Comprenez donc qu’avant même de savoir parler, un enfant est capable de distinguer les émotions transmises par une œuvre musicale.

Par ailleurs, il leur faudra attendre 6 ans pour avoir une perception des émotions dans la musique similaire à celle des adultes (Cunningham & Sterling, 1988 ; Terwogt & Van Grinsven, 1988, 1991). Enfin, c’est à ce même âge que ceux-ci peuvent utiliser les caractéristiques acoustiques d’une musique (mineur/majeur, tempo…) pour déterminer les émotions véhiculées (Dalla Bella, Peretz, Rousseau, & Gosselin, 2001).

Un phénomène universel

La musique joue un rôle très important dans la cohésion sociale des individus. Son apparition date de la préhistoire (des recherches archéologiques datent l’apparition des premiers rythmes il y a environ 35 000 ans). De plus, dès l’antiquité, l’homme est capable de fabriquer des instruments. Nous parlons donc d’un véritable vecteur culturel et social. De tout temps et dans toute culture, celle-ci a été utilisée pour véhiculer messages et émotions. Il est très rare de voir des phénomènes culturels aussi homogènes dans le temps et dans l’espace.

Musique vs bruit: une faculté cérébrale

La musique façonne notre cerveau. En effet, le cerveau est capable de distinguer un son d’une œuvre musicale.
Comment ?
Et bien lorsqu’un bruit nous parvient, sous la forme d’une onde, nos oreilles transmettent l’information à notre cerveau, plus précisément dans le cortex auditif. Le son est ensuite traité par le cortex qui peut faire appel à d’autres structures comme la mémoire par exemple.

Cortex auditif, musique, cerveau
Schéma des différentes aires corticales (aires de Brodmann). L’aire 41 correspond au cortex auditif primaire. Les aires 42 et 22 correspondent au cortex auditif secondaire.

 

Si le cortex auditif identifie un son comme étant musical, l’information va être traitée différemment. En effet, les neurones de cette zone vont communiquer avec notre système limbique et plus précisément notre noyau accumbens. Cette relation a été mise en lumière par Valorie Salimpoor et son équipe en 2011 (Salimpoor & al. 2011). Nous reviendrons dans la partie suivante sur celle-ci. La particularité de la musique par rapport aux autres sons est donc de stimuler directement notre système limbique.

Or, cette faculté varie selon les cultures. En effet, selon une étude (je n’ai plus la référence, mea culpa… 😅), certaines percussions traditionnelles japonaises telles que le Kodō (allez-y, essayez !) sont perçues comme de la musique par les japonais, mais comme des bruits par les occidentaux. Il y a donc une composante culturelle (et peut-être même génétique) qui façonne notre perception de la musique.

 

Musique, cerveau
Cerveau en coupe transversale au niveau du noyau accumbens (vue de face). La musique passe du cortex auditif (entouré en rouge) au noyau accumbens (système limbique).

 

D’UN SON À UNE ÉMOTION

Le retour de la dopamine !

Le système limbique, rappelons-le, est impliqué dans les émotions, mais également dans le système de la récompense. Lorsque la musique va atteindre le noyau accumbens, celui-ci va déclencher le système de la récompense (vous trouverez plus d’informations à ce propos dans notre E-book gratuit téléchargeable à la fin de cet article) et stimuler la production de dopamine dans l‘aire tegmentale ventrale.

Or, vous le savez maintenant, la dopamine est le neurotransmetteur du plaisir et du bien-être. La mélodie va donc nous stimuler et induire des sensations positives. Il y a une réaction similaire lorsque nous écoutons de la musique et lorsque nous mangeons un aliment agréable, avons des rapports sexuels ou bien consommons des drogues (libération de dopamine). Certaines sensations sont tellement fortes qu’elles induisent des réactions physiologiques importantes telles que des frissons ou une augmentation du rythme cardiaque (R. Zatorre & A. Blood, 2001). Par conséquent, certains chercheurs parlent même d’orgasme musical.

Selon Isabelle Peretz, neuroscientifique québecquoise, auteure du livre Apprendre la musique : nouvelle des neurosciences, la musique est même un véritable pilier de la vie. Lors d’une interview pour France Musique en 2018, elle ajoute : « Si vous demandez à des étudiants ce qui leur procure le plus de plaisir dans la vie, ils vous dirons que la musique vient juste après le sexe et le soleil, et bien avant la nourriture et le sommeil. »

 

Si la musique vous passionne et que vous souhaitez en apprendre davantage sur son impact cérébral, nous vous recommandons vivement le livre d’Isabelle Peretz 🙃. Ceci est un lien affilié, nous vous informons donc en toute transparence que nous pourrons toucher une commission si vous décidez d’acheter ce livre via notre lien !

Musique & souvenirs

Nous parlons ici de souvenirs et non pas de mémoire. En effet, la musique peut stimuler et développer la mémoire mais nous développerons cela dans un autre article. Nous entendons donc par souvenir la faculté de la musique à vous remémorer l’une de vos expérience passées. Et bien sachez que l’association mémoire-souvenir dépend du type de son. En effet, dans une récente étude, il a été démontré que des musiques à connotation positive (en majeur par exemple) étaient plus facilement intégrées puis associées à un souvenir que des mélodies “négatives”, en mineur par exemple (S. Sheldon et J. Donahue, 2017).

Selon ces mêmes chercheurs, “la faculté que l’on a à se souvenir de certaines expériences personnelles pourrait refléter notre volonté de faire remonter plus rapidement à la mémoire des choses positives ; comme un moyen de se créer une meilleure image de soi-même.

En conclusion, écouter de la musique déclenche de nombreux processus cognitifs dans notre cerveau. En effet, celui-ci peut entre autres distinguer la musique d’un son lambda (bruit). Notre cerveau est également capable de détecter et ressentir des émotions lorsqu’il entend de la musique. De plus, en écouter stimule la production de dopamine qui est à l’origine du plaisir. Enfin, le cerveau est capable d’associer une musique “positive” avec un souvenir afin de le rendre plus agréable.

BIBLIOGRAPHIE

Pour finir, il est important dans des domaines touchant autant les neurosciences fondamentales et la recherche d’étayer chaque théorie par des études concrètes. Voici donc notre bibliographie.

Infants’ discrimination of happy and sad music. – Flom, Gentile, & Pick, 2008

Developmental change in the understanding of affective meaning in music – Joseph G. Cunningham & Rebecca S. Sterling, 1988

A developmental study of the affective value of tempo and mode in music. – Dalla Bella, Peretz, Rousseau, & Gosselin, 2001

Anatomically distinct dopamine release during anticipation and experience of peak emotion to music – Salimpoor & al., 2011

Intensely pleasurable responses to music correlate with activity in brain regions implicated in reward and emotion. – R. Zatorre & A. Blood, 2001

Musique et cerveau : le vrai du faux : interview d’Isabelle Peretz, France Musique, 2018

More than a feeling: Emotional cues impact the access and experience of autobiographical memories. – S. Sheldon et J. Donahue, 2017

 


C’est tout pour aujourd’hui. Nous espérons que cet article vous donnera envie de réécouter vos musiques préférées ! Soyez-en convaincus, vous ne perdrez pas votre beau sourire ! Vous pouvez nous donner votre avis en commentaire ou simplement nous envoyer un message, nous nous ferons un plaisir de vous répondre ! Vous pouvez également nous contacter sur les réseaux sociaux :

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Sarah & Nicolas

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Cet article a 2 commentaires

  1. “En effet, selon une étude (je n’ai plus la référence, mea culpa… 😅), certaines percussions traditionnelles japonaises telles que le Kodō (allez-y, essayez !) sont perçues comme de la musique par les japonais, mais comme des bruits par les occidentaux.” : Je ne sais pas si c’est le Kodō, mais ça renvoie aux théories du Professeur Tadanobu Tsunoda (The Japanese brain: Uniqueness and Universality – Taishukan Pub. Co (1985) – ISBN-13: 978-4469211290), non ?

    1. Bonjour Lou Cabri !
      C’est bien la référence que je cherchais 🙂 Je vais tout de même la vérifier et je l’intégrerai dans l’article.
      Merci de ton aide !
      A bientôt sur Labo Sciences Co’ 🙂

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